Espresso

Les citoyens bavarois étaient appelés aux urnes ce dimanche 14 octobre pour élire leurs députés au parlement régional. Les résultats électoraux montrent une recomposition inédite du paysage politique bavarois, qui, pour l’importance économique et stratégique du Land, risque avoir des effets de longue terme pas seulement sur les équilibres internes , mais aussi – et surtout – sur la politique nationale et celle européenne – comme nous anticipions déjà dans une édition passée de cette Lettre.

  • Ce qui change. L’Union chrétienne-sociale de Bavière (CSU), qui régnait sans partage sur le Land depuis 1957 et n’avait dû former sa première coalition qu’en 2008, atteint un niveau historiquement bas, avec peu plus du 37 pour cent des voix. Forcée de partager le champ conservateur avec les Électeurs libres (FW, centre-droit) et l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, extrême droite), elle souffre aussi des affres de la coalition fédérale, où le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer (CSU) est souvent apparu comme un fauteur de troubles. Face à elle, les Verts paraissent comme la plus grande surprise peut-etre de cette tournée électorale: avec 17,7 pour cent des voix, il s’affirment comme la principale force progressiste et farouchement pro-européenne, loin devant les sociaux-démocrates, et se positionnent comme des partenaires de coalition crédibles. Un scénario qui, particularismes politiques bavarois mis à part, rappelle celui vécu par la grande région voisine de Baden-Wurtemberg, gouvernée depuis 2016 par une coalition des Verts et des conservateurs.
  • Ce qui ne change pas. En revanche, alors que la CSU du Ministre de l’Intérieur Seehofer défendait une ligne dure sur les questions migratoires, y compris contre Mme Merkel, l’extrême droite de l’AfD ne réussit dans cet État plus que jamais prospère qu’une percée modeste. En plus, un intéressant calcul des résultats montre que en somme l’équilibre gauche-droite reste essentiellement inchangé: il y a été une évolution marquée entre les bloc de gauche et de droite, avec beaucoup de voix passés de la CSU à l’AFD ou de la SPD aux Verts, mais la situation entre les blocs reste la même qu’aux dernières élections de 2013, avec plus ou moins la même pourcentage d’électeurs qui ont voté à gauche ou à droite.
  • Un miroir pour l’Europe? En général, ce qui relève plus pour cette tournée est sa profonde signification européenne. Ce scrutin-test pour l’exécutif berlinois confirme plusieurs tendances européennes : d’abord celle des rapprochements partisans supra-nationaux, ici entre la CSU et l’ÖVP autrichienne de Sebastian Kurz, qui apparaît désormais plus proche de ses positions que l’allié historique CDU. Ensuite, la faiblesse chronique des anciens partis de masse, sociaux-démocrates et conservateurs, et la montée de partis alternatifs (Verts, libéraux, populistes des deux bords), qui complexifie fortement le jeu politique tout en ouvrant de nouvelles possibilités d’action. Enfin la contestation de l’hégémonie des partis populaires de la galaxie PPE, qui risque de rejaillir sur l’un de ses Spitzenkandidaten probables, Manfred Weber, justement issu de la CSU, et pousser le groupe vers droite.