Espresso Maselli

Quand un gouvernement d’un État membre présente son budget, le débat public se concentre sur les mesures qu’il préconise. On demande de comprendre quelle est la direction qu’il imprime sur l’année qui viendra, quelle est la justification des dépenses ou des coupures. Le gouvernement s’explique, l’opposition critique, l’opinion plus ou moins informée observe et participe. De ces moments souvent un peu techniques sortent des impressions durables qui contribuent à créer une carrière politique ou à la défaire. C’est aussi par ces débats que la vie technique d’un État se tempère et s’acclimate à l’instance démocratique qui la justifie.

L’Union a aussi un budget, sauf que sa durée n’est pas annuelle : il dure six ans. On pourrait s’attendre à un débat profond suscité par cette longue temporalité. Dans le contexte de la politique contemporaine nationale entièrement absorbée par des réactions immédiates et par le court terme, l’occasion de se projeter dans les prochains cinq ans devraient être saisie. Il n’en est rien. À l’exception de quelques rares espaces spécialisés d’échange, il n’est presque pas possible de suivre ou de comprendre les débats qui accompagnent l’élaboration du prochain budget de l’Union.

C’est un problème. Car les occasions pour réfléchir au sujet de la souveraineté européenne et du rôle de l’Union sont précieuses. Avec la Lettre nous avons cherché à plusieurs reprises d’attirer l’attention de nos lecteurs sur l’élaboration du budget. Nous nous occupons chaque semaine de sélectionner les signaux faibles, les faits ou les principales nouvelles qui touchent l’Union conçue comme un espace géopolitique qui ne se conçoit pas pour autant encore en ces termes. L’Europe à l’échelle pertinente est un work in progress qui dans certains domaines commence à exister.

Prenez la proposition de la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité d’augmenter les aides à la Tunisie, le seul pays à ne pas avoir connu une évolution inquiétante de son “printemps arabe”. Il s’agit d’une nouvelle importante qui n’a pas été vraiment commentée. Elle montre que nous avons déjà des priorités dans notre politique étrangère et qu’il peut émerger un intérêt européen en Méditerranée.

Quel est notre intérêt en Turquie ? En pleine campagne électorale Erdogan a décidé d’investir son temps pour une tournée européenne, en partant de Sarajevo pour une série de voyages qui lui serviront à convaincre les nombreux expatriés turques du bien fondé de sa politique et de la lourde répression des libertés du pays.

L’absence d’une doctrine géopolitique européenne ou d’un débat autour de nos politiques étrangères nous conduit à sous-traiter la gestion de la crise des migrants à Erdogan, dans une sorte de refoulement géopolitique qui nous place dans une position de faiblesse et de passivité difficile à soutenir

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